21.05.2007

Black Cherry

Quand j'étais petite, tu me disais : "Viens ma chérie, on va aller cueillir des cerises." Je mettais ma main minuscule dans ta grosse main calleuse et j'avais l'impression que rien ne pourrait jamais m'arriver.

La vieillesse et la mort n'existent pas, quand on a cinq ans.

Deux fois déjà je me suis précipitée en hurlant après t'avoir vu tomber du cerisier. Deux fois tu t'es relevé en me disant que j'aurais fait une très mauvaise infirmière. Tu étais bien placé pour le savoir.

La troisième fois je n'étais pas là. La troisième fois, tu n'as pas pu te relever.

Bientôt un an que l'accident s'est produit.

Bientôt six mois que je n'arrive plus à te regarder en face, que j'ai peur de revoir ces yeux fous, ceux du soir de Noël. Ces quelques minutes où je me suis retrouvée seule avec toi, et où j'ai compris que tu n'étais plus vraiment le même.

Surcharge médicamenteuse. Dépendance. Ils sont difficiles à avaler, ces mots-là, tu sais.

Alors, même si la maladie te fait et te fera dire des choses que peut-être tu  ne m'aurais jamais dites, sache que...

si je n'écris pas,

si je n'appelle pas,

si je ne reviens pas,

ce n'est pas parce que je ne pense pas à toi.

Mais je n'ai pas envie de garder ce souvenir-là, tu comprends ?

Les cerises n'auront plus jamais le même goût.  

 

PS : Moi aussi je t'aime.